Epilogue
lundi 11 mai 2009
Vol EY 291
Altitude : 10000m
Jeudi dernier, en compagnie de Gilad, j’ai quitté le camp de base. J’étais très heureux de partager avec lui ce voyage de retour vers la civilisation. Gilad est un sud-africian qui vit au Cap. Il est de ceux qui ont vécu de près l’avalanche sur L’Ice-fall et ne désire plus désormais gravir l’Everest par son versant népalais. L’aventure Everest avait commencé avec lui puisque c’est le premier membre de l’équipe que j’ai connu. J’ai eu en effet le privilège de faire quelques ascensions à Chamonix avec lui l’été dernier.
Après avoir salué une dernière fois nos amis plus courageux ou téméraires, nous entamons notre descente vers 9H00. Lopsang, notre second sirdar (chef des sherpas) aux sept sommets de l’Everest nous accompagne. Le premier jour est long et nous amène à Pangboche (3900m). Au moment de notre départ, une autre avalanche se produit toujours au même endroit, le sérac que je n’aime pas du tout menace toujours la voie qui passe à travers la cascade de glace. Mes amis norvégiens, dont je vois les yeux emplis de tristesse font avec nous le trajet vers Gorak Shep.
Vers 10h30, en pleine marche, la radio de Lobsang crépite. Il nous informe qu’une autre avalanche, plus importante, s’est encore produite. Des secours se précipitent dans la cascade de glace pour porter assistance à d’éventuelles personnes. Anxieusement, nous marchons en essayant de nous renseigner. De mauvaises nouvelles arrivent bientôt. Deux membres de l’équipe d’IMG sont tombés dans une crevasse, heureusement la rapidité des secours parvient à les sauver. Ce ne sera pas le cas pour un malheureux sherpa, Lakpa de Thame dont on ne retrouvera que le sac à dos. Nos craintes se sont matérialisées. Encore une fois, ce sont les sherpas qui payent le plus lourd tribut à la vanité des alpinistes, dont j’ai fait partie, venus du monde entier pour se mesurer à L’Everest.
Choqués, nous parvenons néanmoins à Pangboche dans un joli petit lodge avec vue sur l’Ama Dablam et la face sud du Lhotse. Nous apprécions l’énorme quantité d’oxygène disponible pour nos organismes à cette altitude. J’ai le plaisir de partager un repas inoubliable avec Lobsang. Celui-ci essaye de m’expliquer la religion tibétaine mais n’y arrive pas, son anglais n’est pas assez élaboré pour décrire toutes ses subtilités. Nous rions de bon cœur, nous sympathisons…
Vendredi, nous prenons le chemin vers Namche Bazar. Nous retrouvons la végétation, les arbres, les senteurs du printemps et c’est très agréable. Vers midi, nous arrivons et nous passons le reste de la journée à profiter des magasins, d’un accès à internet (le nouveau monde), des pâtisseries, d’un certain confort… Lobsang part rejoindre quelque temps sa famille à Khumjung, juste au dessus de Namche. J’ai appris qu’il était diabétique et que l’Everest lui est désormais interdit. Ne pouvant prendre de sucre, il ne peut se ravitailler pendant l’ascension. Il rêve cependant d’escalader le versant népalais qu’il ne connaît pas. Je lui propose de lui envoyer un outil lui permettant d’évaluer son taux de sucre, ce qui lui facilitera la vie, les soins médicaux ne sont pas aisément accessibles à cette altitude.
Samedi, nous descendons de Namche vers Lukla. Pour me remercier, Lobsang m’a apporté une cloche de Yacks. Je suis touché, quand je voudrais retrouver le pays sherpa, je n’aurai qu’à secouer cette clocheet les images apparaiteront ! La route est longue mais merveilleuse. Nous apercevons une dernière fois Chomolungma, l’Everest en tibétain, au détour du sentier. Nous traversons une multitude de petits villages à travers la forêt en suivant le cours d’un beau torrent. A peine parvenus à Lukla, un orage éclate et nous passons l’après-midi à regarder la pluie tomber en espérant que le temps s’améliore pour que l’on puisse prendre notre avion pour Katmandou.
Dimanche, comme à chaque réveil, le temps est splendide. Les avions peuvent décoller. Nous disons adieu à Lobsang et à un de nos porteurs (drôle de petit bonhomme à peine plus grand que mon fils Eugène et capable de porter 50kg pendant 8 heures). Nous montons dans l’avion avec un dernier regard vers ces montagnes de l’Himalaya. En 3à minutes, nous sommes à Katmandou. Retour brutal à la civilisation. Quel bazar ! Une ville merveilleuse, grouillant de vie. Un concert de klaxon, des motos partout, des autos partout. Un joyeux bordel qui paraît complètement désorganisé mais parfaitement organisé. Les gens n’ont aucune animosité !
Avec Gilad, nous partageons un dernier repas avant son départ le soir même. Mon avion n’étant que le lendemain, j’en profite et découvre Katmandou : Durbar Square, Thamel et Monkey temple. Le temps de réorganiser une dernière fois mes sacs et me voilà à l’aéroport pour prendre l’avion et retrouver enfin Valentine et les enfants. L’aventure a été fantastique et même si le sommet de l’Everest n’a pas été atteint, j’ai vécu des moments fantastiques. Le trek de retour en plusieurs jours a permis également de se retirer progressivement de cette expédition préparée depuis deux ans.
Partager avec vous fut tout aussi passionnant. Dans les jours qui viennent, je publierai, dans la rubrique photo du site internet, les meilleurs clichés. Je ne saurai tous vous remercier de vos messages de soutien et les dernières réactions démontrent également que vous comprenez mon choix, j’en suis heureux.
Merci de tout cœur !
Eugène
PS : Lien Youtube de l’avalanche meurtrière.
http://www.youtube.com/watch?v=oyBvARsJUYI




























